Bilans biologiques et thyroïde, l’essentiel à savoir

Les dysfonctionnements thyroïdiens sont fréquents et les bilans biologiques permettent de les déceler et/ou de les évaluer instantanément..

(Article 1 sur 4 d’une série consacrée au fonctionnement inclus: expertise et stratégies thérapeutiques)

Si lors du bilan de votre client tous vos outils d’expertise (morpho, irido, clinique,…) vous font penser que sa thyroïde est perturbée et/ou en souffrance, les bilans biologiques médicaux peuvent effectivement vous permettre de vérifier vos soupçons, de mieux définir la perturbation, de voir aussi si la présence de certains éléments (iode, fer,..) nécessaires à la synthèse des hormones thyroïdiennes est déficiente (carences)…et donc à corriger…

Rappel : La correction des carences (complémentation) se fait dans le cadre d’une cure de revitalisation, où l’alimentation est optimisée, la santé intestinale aussi, tout comme le sommeil, l’oxygénation, le repos, le mouvement, etc. Le stress et l’émotionnel sont également pris en charge…

Ne pas oublier que l’optimisation de la circulation sanguine est primordial lors des troubles endocriniens. Le sang étant le moyen de transport des hormones

Et si ces bilans biologiques vous passent (par hasard) entre les mains avant celles du médecin, certaines perturbations peuvent aussi vous inciter à réorienter votre client vers son prescripteur..

Rappel : En naturopathie, les bilans biologiques médicaux n’ont pas de fin de diagnostic..

Pour en savoir plus sur l’usage naturopathique des bilans, lisez ce 1er article : «les bilans biologiques, utiles ou pas au naturopathe?»

Avec l’article d’aujourd’hui, et après un rappel des différents troubles de la thyroïde et de physio thyroïdienne, nous verrons les différents marqueurs de cette fonction et comment les interpréter

Puis nous nous pencherons sur les autres éléments du bilan qu’il est intéressant de considérer face à des perturbations thyroïdiennes, et plus particulièrement face à l’hypothyroïdie, dont certains signes comme la prise de poids, la fatigue, la constipation, la déprime, etc., sont des motifs courants de consultations naturopathiques (qu’il faut donc être capable d’associer à un ralentissement de la thyroïde, quand c’est le cas) …

Quelques chiffres : Environ 200 millions de la population mondiale souffre de troubles de la thyroïde (dysthyroïdies) dont 7 à 14% d’hypothyroïdie (majoritairement des femmes), 1 à 2% d’hyperthyroïdie (autant d’hommes que de femmes) et 10% de goitre

En France, 4 à 10% des individus (majoritairement des femmes) sont touchés par l’hypothyroïdie

Dans un prochain article, nous passerons à l’aspect pratique…. Car l’expertise n’a qu’un objectif! : Mettre en place une SOLUTION thérapeutique. Analyser sans agir n’a pas d’intérêt. Cela peut même être une source de stress pour la personne qui se trouve alors sans perspective de mieux-être et/ou de guérison…

Rappel : La thyroïde secrète 2 hormones : la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3)

Les signes d’un dysfonctionnement du fonctionnement thyroïdien..

Généralement, c’est un ensemble de symptômes -plus ou moins diffus- qui met sur la piste d’un dysfonctionnement thyroïdien (hypo ou hyper)…

Ils sont parfois accompagnés d’un goitre (hypo ou hyper), d’yeux plus ou moins exorbités (hyper), de traces dans l’iris..

Rappel : La fonction 1ère des hormones thyroïdiennes – T3 et T4 – est d’accroitre le métabolisme (+ de consommation d’O2 par les cellules, + production de chaleur, hyperglycémiante). Elles ont en outre une action sur tout l’organisme (développement du système nerveux, myélinisation, remodelage osseux, augmentation du débit cardiaque et rénal, stimulation de la fabrication des globules rouges…)..d’où des répercussions générales en cas de déficit (hypothyroïdie) ou d’excès (hyperthyroïdie).

 

En cas d’hypothyroïdie (il a donc une baisse de production d’hormones thyroïdiennes : l’ensemble du métabolisme est ainsi plus lent; le cœur bat plus lentement…):

  • hypertension ;
  • fatigue, somnolence ;
  • prise de poids, et/ou difficulté à perdre du poids malgré un régime (=résistance à l’amaigrissement) ;
  • constipation ;
  • crampes et douleurs articulaires (penser à vérifier la thyroïde lors de fibromyalgie), fatigabilité musculaire (d’autant plus à l’effort) ; syndrome du canal carpien, tendinites, douleurs plantaires…
  • sécheresse cutanée (rebelle) ;
  • ralentissement de la mémoire et de la concentration (donc de l’apprentissage chez l’enfant);
  • frilosité ;
  • irritabilité, déprime, perte d’envie ;
  • paupières bouffies au lever ;
  • libido diminuée, arrêt des règles et infertilité possibles (= troubles du cycle) ;
  • taux de cholestérol augmenté (surtout LDL), souvent accompagné d’hypertriglycéridémie (Ainsi, si un taux de cholestérol est trop élevé, vérifier la thyroïde, ce n’est peut-être qu’une conséquence), l’homocystéine est également plus élevée
  • la personne peut se plaindre d’enrouements fréquents ; la voix peut être plus rauque
  • goitre possible (nodules aussi)

En résumé, très peu de symptômes spécifiques à l’hypothyroïdie mais un ensemble de manifestations cliniques qui doivent éveiller les soupçons et inciter à une investigation plus poussée…via les bilans biologiques prescrits par le médecin, pour commencer. Qui donneront logiquement suite à d’autres analyses et/ou des examens complémentaires (imagerie médicale, analyse cyto-pathologique…), si besoin

 

En cas d’hyperthyroïdie :

  • l’ensemble du métabolisme est accéléré
  • perte de poids ;
  • diarrhée ;
  • faiblesse musculaire (car la contraction des muscles est plus rapide) ;
  • cheveux et ongles cassants ;
  • la peau est chaude et moite ; sensibilité à la chaleur
  • agressivité, agitation ;
  • diminution du cholestérol (et des triglycérides)
  • parfois trouble des règles ;
  • libido augmentée
  • goitre et/ou nodule
  • etc.
  • Bref, un ensemble de signes qui doivent éveiller les soupçons et inciter à pousser l’investigation, etc.

S’il y a un soupçon d’hypo ou d’hyper, c’est le dosage sanguin de la TSH qui permet de vérifier les doutes

À retenir : La TSH est l’élément clé de l’investigation de la fonction thyroïdienne…

 

Le dosage sanguin de la TSH utilise une technique particulière, de 3ème génération, le rendant plus précis et sensible, de là son nom: TSH-ultrasensible (TSH-us)

La TSH-us permet donc de savoir si on est face à une hyper ou à une hypo (sauf dans 1 cas, rare, voir en bas de l’encart*)

  • TSH-us < 0,1 µUI/ml (ou mUI/L) → hyper    (entre 0,1 et 0,3 µU/mL, on suspecte déjà une hyperthyroïdie…d’après une approche plus sensible)
  • 0,15 < TSH-us < 4,9 euthyoïdie (= fonction ok d’après les normes classiques)
  • TSH-us ˃ 4,9 hypo

Rappel : La TSH est une hormone messagère synthétisée par l’hypophyse et libérée (dans le sang) afin de donner l’ordre à la thyroïde de synthétiser et de secréter T3 et T4. La synthèse et la libération de la TSH est-elle-même commandée par une autre hormone messagère, la TRH, synthétisée par l’hypothalamus, en fonction des taux sanguins de T3/T4 (rétrocontrôle)..

 

* Cas rare : Un dysfonctionnement thyroïdien peut aussi être conséquent d’un problème de l’axe hypothalamus/hypophyse . Les taux de TSH sont alors dans les normes. Un TEST de stimulation de la TRH peut alors être demandé par le médecin (si il est pointu) si la clinique lui fait penser qu’il y a quand même un problème thyroïdien

Si la TSH est trop haute (TSH-us ˃ 4,9), c’est que l’hypophyse a augmenté l’ordre de production, la production de T3/T4 étant trop faible (hypo)

Si la TSH est trop basse (TSH-us < 0,1…et déjà dès 0,3), c’est que l’hypophyse a limité l’ordre de production, la production de T3/T4 étant trop importante (hyper)

Selon une approche plus sensible, toutefois, la fonction thyroïdienne optimale se situe entre 0,15…idéalement minium 0,3  < TSH-us < 2,9…idéalement maximum 2,5…(de nouvelles normes pas encore en vigueur en France annoncent “maximum 2”)

À retenir : Normes idéales d’après l’approche sensible : 0,3  < TSH-us < maximum 2,5 (et 2 d’après de nouvelles normes)

À partir de 3 (inclus), la fonction thyroïdienne montre donc déjà des signes de ralentissement (hypo)et doit  donc être prise en charge, en commençant par comprendre pourquoi la production de ces T3/T4 a baissé…

Quelles sont les causes possibles d’une baisse de T3/T4 ?

 

La synthèse de T3/T4 est dépendante d’éléments de construction (tyrosine et iode) et d’une enzyme (la thyroperoxydase), qui va capter l’iode du sang et l’utiliser pour la synthèse de l’hormone. Cette enzyme a aussi besoin de cofacteurs (fer, sélénium, zinc, mobylène, manganèse, vit D et vit A) pour œuvrer. Une cause possible d’une baisse de synthèse des T3/T4 peut donc être une carence, en tyrosine, en iode, en fer, en sélénium, en zinc, mais aussi en vit B…

 

En dehors ça, 93% de cette production thyroïdienne est de la T4 (thyroxine), qui est une molécule peu active, et 7% de T3, qui elle est active. En fait, pour devenir active, T4 doit être convertie en T3 active. 60% de cette conversion s’effectue au niveau de certains récepteurs du foie, et toujours grâce à une enzyme et à ses cofacteurs (fer, sélénium, zinc, mobylène, magnésium, vit B6, vit E et C). Le reste de cette conversion s’effectuant au niveau de récepteurs des reins et du cœur…et toujours grâce à des enzymes spécifiques et à leur cofacteurs. Ainsi, s’il y a un manque d’enzyme et/ou de cofacteurs, T4 ne va pas être convertie en T3 active, mais en T3 reverse, qui est une molécule quasiment et irrémédiablement inactive.

 

L’obésité (via l’augmentation sanguine de la leptine), le cortisol en excès (stress), des expositions aux métaux lourds, une fonction hépatique pas optimale (car c’est au niveau du foie que s’effectue 60% de la conversion, comme expliqué au-dessus), peuvent aussi perturber la conversion des T4 en les transformant en T3 reverse..

 

Précision : après leur libération par la thyroïde, 97% des T3 et T4 sont véhiculés dans le sang grâce à 3 protéines de transport, dont une majoritaire: la thyroxin-bounding globulin (TGB). Ce transport rend momentanément inactives ses hormones, et ce jusqu’à leur arrivée aux organes cibles. Seules les T3 et T4 libres ( = Free T3 et Free T4 = FT3 et FT4) sont spontanément actives. Ce sont d’ailleurs ces formes libres qui sont dosées dans les bilans (car elles reflètent la fonctionnalité)  …

 

Encore une cause possible de baisse des T3/T4 : l’hyperoestrogénie (voir précisions dans la publication/vidéos à venir)

 

En dehors de cela, la baisse de production peut aussi être conséquente d’un processus auto-immun..

Une fois avoir vérifié les taux de TSH, on vérifie aussi le taux des FT3/FT4. Tout en sachant que dans l’évolution habituelle d’une hypothyroïdie, au départ, seule la TSH est augmentée, puis vient ensuite la baisse de la FT4, et plus tardivement celle de la FT3..

  • FT4 : 9,0 à 17 ng/l (nanogramme par litre)
  • FT3 : 2,0 à 4,5 ng/l

Si la TSH est élevée (hypo), FT4 normale, et seule FT3 basse, c’est qu’il y un problème de conversion des T4 en T3 active…

À moins que FT3 soit abaissée de façon isolée…sans qu’il y ait insuffisance de la fonction thyroïdienne. Ce qui peut être le cas lors du “syndrome de la basse T3” qui touche surtout les personnes âgées ou les sujets atteints d’une affection sévère (par mécanisme d’épargne énergétique)…

Si la TSH est élevée, et la FT4 aussi, on est peut être face une hyperthyroïdie d’origine hypothalamo-hypophysaire, ou à une résistance aux hormones thyroïdiennes (due à un adénome hypophysaire). Ces troubles demandent des investigations plus poussées..

Si la TSH est élevée (hypo), la FT4 normale, on est face à une hypothyroïdie fruste, c’est-à-dire sans symptômes décapants…

Si la TSH est élevée (hypo), la FT4 basse, on est face à une hypothyroïdie franche (symptômes plus nets)

Ensuite, pour vérifier si ces différentes perturbation thyroïdienne (hypo ou hyper) sont d’origine auto immune, le médecin va demander un dosage des anticorps antithyroïdiens (AAT)..

Trois AAT sont ainsi habituellement dosés :

  • Anti TPO
  • Anti-TG
  • Anti-RTSH

Pour info: les Anti TPO et anti RTSH sont surtout augmentés dans la maladie de Basedow (hyper) ; les Anti TPO et anti TG sont surtout augmentés dans la maladie de Hashimoto; la thyroïdite atrophique semble être le stade final de l’Hashimoto (la glande a vraiment diminuée de volume); un certain pourcentage de ces AAT est aussi présent chez les sujets sains

bilans biologiques et thyroide

À partir de là, et/ou en cas de goitre, le médecin va demander des examens complémentaires (échographie, etc.), afin de savoir s’il y a adénome (tueur bénigne), nodules (bénins ou pas), kystes, inflammation, cellules cancéreuses…

Résumé des différents troubles de la thyroïde

bilans biologiques et thyroide

Du côté de l’hypothyroïdie :

  • on trouve donc celles avec AAT (thyroïdite d’Hashimoto, thyroïdite atrophique)
  • puis celles sans AAT, conséquentes :
  1. soit d’un problème de synthèse de T4 et de T3 lié à un manque de matériel de construction (tyrosine, iode), et/ou à un manque d’enzyme (la thyroperoxydase) et/ ou à ses cofacteurs (sélénium, fer, zinc, mobylène, manganèse, vit D, vit A) ;
  2. soit d’un problème de conversion de T4 en T3 active dû à un manque d’enzyme et/ou de cofacteurs (fer, sélénium, zinc, mobylène, magnésium, vit B6, vit E et C), et/ou à une fonction hépatique pas optimale (60% de cette conversion se faisant au niveau du foie, rappelez-vous).
  3. soit d’hyperoestrogénie, d’obésité, d’exposition aux métaux lourds, etc.

A retenir : Pour fabriquer les T3 et T4, la thyroïde a besoin de tyrosine, d’iode (voir dernier chapitre), d’’une enzyme spécifique et de ses cofacteurs (fer, sélénium, zinc, mobylène, manganèse, vit D et vit A). L’alimentation a donc un rôle primordial (vigilance aussi en cas de végétalisme).

 

Pour optimiser la conversion de T4 en T3 active, il faut une fonction hépatique correcte, puis des enzymes et leurs cofacteurs (fer, iode, zinc, mobylène, magnésium, vit B6, vit B9, vit A et C). À défaut, les T4 vont être converties en T3 reverse totalement inefficaces (d’où hypo) …

 

Le fer est également indispensable à une bonne production d’hormones thyroïdiennes. Il est aussi cofacteur de l’enzyme permettent cette production. L’anémie est une cause de ralentissement thyroïdien. Il faut donc vérifier le statut en fer (ferritine) en cas de baisse de production des T3/T4 (Et vérifier aussi la thyroïde en cas d’anémie)

 

On peut aussi vérifier l’iode (voir plus bas), d’autant plus en présence de goitre..

Du côté des hyperthyroïdies :

  • on trouve une hyperthyroïdie auto immune (Basedow)
  • puis une iatrogène, c’est-à-dire secondaire à certains traitements médicamenteux

Rappel : lors de processus auto immuns, la modulation du système immunitaire (en passant aussi par la santé sphère intestinale) doit être ciblée..

Le statut en iode, pour finir..

En cas d’hypothyroïdie, et surtout en présence de goitre, et/ou d’alimentation carencée en iode (pas ou peu de produits de la mer), une vérification des taux d’iode est importante…

Dosage urinaire de l’iode = IODURIE :

 

Norme entre 100 et 199 µg/jour

Chez l’adulte, 150 µg/jour est idéal

 

À noter : Chez la femme enceinte, les besoins en iode augmentent et passent à 200 µg/jour. Une carence relative favorise le développement d’un goitre chez la mère et d’une hypothyroïdie chez le fœtus. L’autorité de santé (HAS) recommande de doser la TSH chez les femmes susceptibles d’avoir une carence iodée et de traiter celles dont la TSH est > 3 UI/L, la valeur cible étant effectivement fixée à 2,5 Ul/L..

Vérifier aussi que la personne ne consomme pas trop de substances goitrigènes crues (soja, toutes les formes de choux, graines de colza, millet, amandes, pêche, etc., diètes riches en calcium,…). Ces substances crues prises en excès empêchent la captation de l’iode. Ce qui peut être problématique chez ceux qui manquent déjà d’iode..

Certains médicaments sont également goitrigènes : iodure en excès, antithyroidien de synthèse, amiodarone, carbonate de lithium, phenylbutazon.

 

Voilà, vous savez à présent quels sont les éléments essentiels du bilan biologique qui peuvent vous en dire plus sur le fonctionnement thyroïdien (TSH, FT3/FT3, AAT, iodurie, ferritine,…)…

Dans le 2ème article sur 4, “Traitements thyroïdiens, l’essentiel à savoir pour le naturopathe”, (ou “comment réagir face à a découverte d’un dysfonctionnement thyroïdien”)

 

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