Troubles de l’humeur et thyroïde

Anxiété, dépression…et si ces troubles de l’humeur étaient conséquents d’une hypothyroïdie cérébrale?

Aujourd’hui, dans cet article, focus sur l’hypothyroïdie cérébrale, dont on parle peu, et qui est à l’origine de bien des troubles de l’humeur, comme l’anxiété, la dépression, etc., mais aussi de troubles cognitifs..

Allez, on commence déjà par un petit rappel :

Les hormones thyroïdiennes (HT) sont la T4 et la T3.

Elles sont synthétisées sous le contrôle d’hormones synthétisées au niveau cérébral, dont la fameuse la TSH (ou thyréostimuline)

Ainsi, cette TSH stimule la production d’HT, et ce par un mécanisme de rétrocontrôle.

C’est-à-dire que lorsque la quantité d’HT est inférieure à la quantité dont l’organisme a besoin, la TSH augmente afin de stimuler la production d’HT par la thyroïde.

A noter que la production par la thyroïde est principalement de la T4, et très peu de T3 (en fait, la T4 est la « réserve » dont est issue la majeure partie de la T3). Et la T4 n’est pas active. Elle doit être convertie en T3, qui elle est active [1]

Important : Malgré que la T4 n’est pas active, c’est pourtant elle qui est au cœur de ce mécanisme de rétrocontrôle. Ce qui explique que le dosage sanguin de la TSH ne reflète pas – de façon fiable – le fonctionnement thyroïdien…  

Cette conversion de T4 en T3 se passe dans 2 organes :

  • Dans le cerveau, c’est-à-dire au niveau de certaines neurones cérébrales (astrocytes et tanycytes)
La T3 convertie au niveau cérébral permet d’assurer un bon fonctionnement psychique (humeur, mémoire, concentration…) ainsi que la « commande » à l’origine du fonctionnement du reste des organes du corps.  
  • Et dans le foie, c’est-à-dire au niveau de toutes cellules hépatiques.
Une majeure partie de la T3 convertie au niveau hépatique sert au fonctionnement du reste des organes du corps. Seule une petite partie de cette T3 rejoint la sphère cérébrale.  

Que cette conversion de T4 en T3 ait lieu au niveau cérébral ou au niveau hépatique, elle est dépendante d’enzymes.

Et ce qui est VRAIMENT à souligner, c’est que l’enzyme chargée de cette conversion au niveau cérébral (l’iodothyronine désiodase de type 2 ou DIO2) n’est PAS LA MEME que l’enzyme chargée de cette conversion au niveau hépatique (l’iodothyronine désiodase de type 1 ou DIO1);

Et que ces 2 enzymes viennent chacune de gênes distincts;

Ce qui implique qu’on peut avoir des mutations [2] sur la DIO2, comme on peut avoir des mutations sur la DIO1…

Précision : Une enzyme mutée perd (généralement) de sa fonctionnalité.
Ici, dans le cas de la DIO2 :  elle perd sa capacité de conversion de la T4 en T3 au niveau cérébral ☹
 
A noter encore que la mutation de la DIO1 existe aussi. Dans ce cas, la conversion de la T4 en T3 au niveau hépatique est quant à elle compromise.  

Ces infos en tête, parlons maintenant de l’hypothyroïdie cérébrale, en commençant par la définir :

Elle est en fait conséquente d’un déficit en T3 au niveau du cerveau (système nerveux central);

Et ce déficit est lié à la mutation extrêmement fréquente du gène qui code DIO2 (37% de la population mondiale !), ce qui engendre une mutation de cette DIO2 (avec donc la perte de fonctionnalité qui va avec ☹)  

Voici certaines conséquences de cette mutation de la DIO2 (je mets les conséquences en lien avec la santé psychique et cognitive volontairement en avant) :

  • Troubles de l’humeur : beaucoup plus de trouble bipolaire et de dépression, et ce parce que la T3 permet indirectement de réguler la production de neurotransmetteurs ; et aussi, augmentation de l’anxiété, de l’apathie, irritabilité, … (l’état dépressif est fait toujours présent lors d’hypothyroïdie cérébrale, et les antidépresseurs ne fonctionnent alors pas – le problème venant de ce manque de T3 nécessaire à une bonne synthèse des neurotransmetteurs)
  • Réponse diminuée aux antidépresseurs
  • Altérations des fonctions cognitives: brouillard mental, baisse du temps de réaction, fatigue mentale, perte de mémoire, …
  • Risque plus élevé d’arthrose
  • Altérations dans le métabolisme des HT
  • Risque plus élevé de maladies cardiovasculaires
  • Impact dur le métabolisme et le poids
  • Etc.
 Encore une précision avant d poursuivre : Cette DIO2 mutée s’accumule dans les cellules (précisément dans l’appareil de Golgi des cellules), ce qui engendre un gros stress oxydatif, à l’origine, annonce la science, de troubles neurodégénératifs  

Voyons maintenant les pistes de solution à cette hypothyroïdie cérébrale :

  • Une thérapie combinée (associant T4 et T3) est plus adaptée (idem s’il y a un problème de conversion de la T4 en T3 au niveau hépatique)
  • Pour pallier au stress oxydatif conséquent de la DIO2 mutée, la prise d’antioxydants est pertinente
  • A noter encore que les personnes souffrant d’hypothyroïdie cérébrale souffrent aussi d’hypothyroïdie dite « classique ». Et que si la prise de traitement n’apportant que de la T4 n’améliorent que leurs symptômes périphériques, et pas leurs troubles de l’humeur, ni leurs troubles cognitifs, la thérapie combinant T4 et T3 permettra à ces personnes de retrouver leur sérénité et des idées plus claires.
  • Pour finir : on n’oublie pas d’optimiser l’ensemble de l’hygiène de vie, dont celle thyroïdienne, avec par exemple ce support

[1] Mode de fonctionnement de la T3 : elle se fixe sur des récepteurs spécifiques situés au niveau du noyau des cellules du corps (récepteurs nucléaires), transmettant alors des signaux hormonaux spécifiques…

[2] Pour des bases de génétique, vous avez cette fiche qui est vraiment très accessible 😊

2 commentaires

  1. Casanova 9 janvier 2024

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