Dans le premier article de cette série, nous avons vu que le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble digestif fonctionnel caractérisé notamment par une hypersensibilité intestinale, une perturbation du microbiote et une motricité digestive parfois désynchronisée.
Une question revient alors très souvent en consultation :
Pourquoi certains aliments déclenchent-ils des douleurs digestives, des ballonnements ou des troubles du transit chez les personnes souffrant de SII ?
Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à un phénomène central dans ce syndrome : la fermentation intestinale excessive de certains glucides.
Fermentation digestive et production de gaz
La digestion ne se termine pas dans l’intestin grêle.
Une partie des aliments que nous consommons arrive dans le côlon où ils sont utilisés par les bactéries du microbiote intestinal.
Ces bactéries fermentent certains composants alimentaires, notamment certains glucides. Cette fermentation produit naturellement :
- des gaz (hydrogène, méthane, dioxyde de carbone)
- des acides gras à chaîne courte
- d’autres métabolites microbiens.
Chez une personne dont le système digestif fonctionne normalement, cette fermentation est modérée et généralement bien tolérée.
Chez une personne souffrant de syndrome de l’intestin irritable, la situation est différente.
Deux phénomènes se combinent souvent :
- une fermentation plus importante de certains aliments
- une hypersensibilité de la paroi intestinale.
La production de gaz entraîne alors une distension de l’intestin qui peut provoquer :
- des ballonnements
- des douleurs abdominales
- des troubles du transit.
Les FODMAP : des sucres fermentescibles
Les substances alimentaires les plus souvent impliquées dans ces fermentations excessives sont les FODMAP.
Le terme FODMAP est l’acronyme anglais de :
Fermentable
Oligosaccharides
Disaccharides
Monosaccharides
And
Polyols
Autrement dit, il s’agit de glucides fermentescibles difficiles à absorber par l’intestin grêle.
Lorsqu’ils ne sont pas correctement absorbés, ils arrivent dans le côlon où ils sont fermentés par les bactéries intestinales.
Cette fermentation peut produire une quantité importante de gaz et déclencher les symptômes digestifs caractéristiques du SII.
Les différentes catégories de FODMAP
Les FODMAP regroupent plusieurs familles de glucides.
Les fructanes
Les fructanes sont présents dans certaines céréales et légumes.
On les retrouve notamment dans :
- le blé
- le seigle
- l’orge
- l’ail
- l’oignon
- les poireaux
- les asperges.
Ces fructanes sont particulièrement fermentescibles.
Chez certaines personnes souffrant de SII, ils peuvent provoquer des ballonnements importants.
Le lactose
Le lactose est le sucre naturellement présent dans le lait et certains produits laitiers.
Sa digestion nécessite une enzyme appelée lactase, produite dans l’intestin grêle.
Chez certaines personnes, la production de lactase est insuffisante, ce qui entraîne une mauvaise digestion du lactose.
Le lactose non digéré est alors fermenté dans le côlon, ce qui peut provoquer :
- gaz
- ballonnements
- diarrhées.
Le fructose en excès
Le fructose est un sucre naturellement présent dans les fruits et le miel.
Lorsqu’il est consommé en quantité importante, ou lorsqu’il est présent en excès par rapport au glucose dans un aliment, il peut être mal absorbé par l’intestin.
Il peut alors être fermenté par le microbiote intestinal.
On le retrouve notamment dans :
- certaines pommes
- les poires
- les mangues
- le miel
- certains sirops sucrants.
Les galacto-oligosaccharides
Ces sucres sont présents principalement dans les légumineuses :
- lentilles
- pois chiches
- haricots
- fèves.
Ils sont naturellement peu digestibles et peuvent entraîner des fermentations importantes dans le côlon.
Les polyols
Les polyols sont des sucres présents dans certains fruits et légumes.
Ils sont également utilisés comme édulcorants dans de nombreux produits industriels.
Les principaux polyols sont :
- le sorbitol
- le mannitol
- le xylitol.
On les retrouve notamment dans :
- les abricots
- les cerises
- les prunes
- certains chewing-gums ou produits « sans sucre ».
Pourquoi certaines personnes réagissent davantage aux FODMAP
Il est important de comprendre que tout le monde consomme des FODMAP sans problème.
La différence chez les personnes souffrant de SII repose sur plusieurs facteurs.
L’hypersensibilité intestinale
Chez ces personnes, la paroi intestinale est plus sensible aux distensions.
Une quantité de gaz tolérable pour la plupart des individus peut devenir douloureuse.
Un microbiote plus fermentatif
Certaines compositions du microbiote intestinal peuvent favoriser des fermentations plus importantes.
Cela peut entraîner une production accrue de gaz.
Une motricité intestinale perturbée
Lorsque les mouvements de l’intestin sont désynchronisés, les gaz peuvent circuler plus difficilement dans le tube digestif.
Cela peut accentuer les sensations de ballonnement et de douleur.
Le cas particulier du gluten
De nombreuses personnes souffrant de syndrome de l’intestin irritable pensent être sensibles au gluten.
Dans certains cas, cette sensibilité existe réellement, notamment dans la sensibilité au gluten non cœliaque.
Cependant, dans de nombreux cas, la réaction digestive est liée non pas au gluten lui-même, mais aux fructanes présents dans le blé, qui font partie des FODMAP.
Ainsi, lorsqu’une personne supprime le gluten de son alimentation, elle élimine souvent en même temps une grande partie des fructanes.
L’amélioration digestive observée peut donc être liée à la diminution des FODMAP plutôt qu’à la suppression du gluten.
Une approche alimentaire personnalisée
La prise en charge nutritionnelle du syndrome de l’intestin irritable ne consiste pas à supprimer définitivement tous les FODMAP.
L’objectif est plutôt d’identifier les substances réellement problématiques pour chaque personne.
C’est précisément le principe du régime pauvre en FODMAP, qui se déroule en plusieurs étapes :
- une phase de réduction des FODMAP
- une phase de réintroduction progressive
- une phase de personnalisation de l’alimentation.
Cette stratégie permet d’identifier les aliments déclencheurs tout en conservant une alimentation aussi variée que possible.
Nous verrons dans le prochain article comment cette méthode peut être mise en place de manière progressive et encadrée en consultation.

Super intéressant à prime à bord. Je l’imprime pour le lire plus en détail. Merci beaucoup Véronique ! Un ange sur ma route.
Claudette….Ravie que cela vous aide ;-)
Moi aussi je viens de découvrir votre site.
C’est bien la première fois (depuis 4 ans que je surfe sur le sujet) que je lis des explications aussi claires, précises, documentées et sans fautes d’orthographe. Un plaisir à lire …
Et on rêve de rencontrer une thérapeute comme vous, on se dit que cette fois, c’est sur … on va guérir parce que la personne en face sait de quoi elle parle (et donc de quoi nous parlons :-)).
Merci à vous car en plus, les informations si précises sont lisibles par tous.
oh que vous êtes gentil, Louis :-)
Merci!
Bonjour Véronique
Je viens,tout à fait fortuitement de découvrir votre site. C’est un plaisir de vous lire.
Vos explications sont limpides,donc très instructives.Je salue votre travail,remarquable.
Grand Merci et bien amicalement. Chris 06
Merci mille fois Chris!