Et si le problème venait d’une résistance à l’insuline ?
Fatigue chronique et fringales de sucre : un duo fréquent
Fatigue persistante, coups de barre dans la journée, difficultés de concentration, envies impérieuses d’aliments sucrés entre les repas…
Ces symptômes sont extrêmement fréquents aujourd’hui.
Beaucoup de personnes les attribuent au stress, à un manque de sommeil ou simplement à une « petite baisse d’énergie ».
Pourtant, il arrive souvent que ces manifestations soient le signe d’un déséquilibre du métabolisme du glucose, et plus précisément d’un phénomène appelé résistance à l’insuline.
C’est justement la question que se posait Marion lorsqu’elle m’a contactée récemment.
Elle me décrivait dans son message des envies incontrôlables de sucre au cours de la journée, associées à une fatigue quasi permanente, malgré un sommeil qu’elle estimait correct.
Inquiète, elle avait fait vérifier sa glycémie à jeun.
Résultat : 0,95 g/L.
Son médecin l’a alors rassurée : « Tout va bien, votre glycémie est dans les normes ».
Mais Marion continuait pourtant à ressentir ces fringales de sucre et cet épuisement diffus.
Alors que se passe-t-il réellement dans ce type de situation ?
Quand la glycémie est normale… mais que le problème est ailleurs
Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au rôle d’une hormone essentielle : l’insuline.
L’insuline est produite par le pancréas. Sa fonction principale est de permettre au glucose circulant dans le sang d’entrer dans les cellules afin d’être utilisé comme source d’énergie.
Après un repas, la glycémie augmente.
Le pancréas sécrète alors de l’insuline qui agit comme une clé permettant au glucose d’entrer dans les cellules musculaires, hépatiques et adipeuses.
Lorsque ce mécanisme fonctionne correctement, la glycémie revient rapidement à un niveau normal.
Mais il arrive que les cellules deviennent moins sensibles à l’insuline.
On parle alors de résistance à l’insuline.
Dans cette situation, le glucose a plus de difficulté à pénétrer dans les cellules.
Le pancréas doit donc produire davantage d’insuline pour obtenir le même effet.
Le paradoxe de la glycémie « normale »
C’est là que la situation devient trompeuse.
Chez certaines personnes, la glycémie peut rester parfaitement normale… simplement parce que le pancréas produit beaucoup plus d’insuline pour compenser.
Autrement dit :
la glycémie paraît normale
mais l’organisme travaille déjà en sur-régime métabolique.
Cette phase peut durer plusieurs années avant qu’une élévation de la glycémie n’apparaisse réellement.
C’est pour cette raison que certaines personnes présentent :
- fatigue chronique
- fringales de sucre
- difficultés de concentration
- prise de poids abdominale
alors que leur glycémie est encore « dans les normes ».
Pourquoi la résistance à l’insuline provoque-t-elle des envies de sucre ?
Lorsque les cellules deviennent résistantes à l’insuline, elles utilisent moins efficacement le glucose.
Résultat : malgré un taux de sucre sanguin normal, les cellules reçoivent moins d’énergie qu’elles ne devraient.
Le cerveau interprète alors cette situation comme un manque d’énergie et déclenche des signaux de compensation :
envies de sucre
augmentation de l’appétit
fatigue
difficulté à rester concentré
Par ailleurs, lorsque l’organisme sécrète beaucoup d’insuline pour compenser cette résistance, cela peut provoquer des baisses rapides de la glycémie après les repas.
On parle alors d’hypoglycémie réactionnelle.
Ces baisses brutales stimulent à nouveau l’envie de consommer du sucre afin de remonter la glycémie.
Un véritable cercle vicieux métabolique peut alors s’installer.
Comment détecter une résistance à l’insuline ?
Lorsqu’il existe des symptômes évocateurs, il peut être intéressant d’aller plus loin que la simple glycémie à jeun.
Un des indices les plus utilisés est le HOMA-IR (Homeostasis Model Assessment of Insulin Resistance).
Cet indice combine :
la glycémie à jeun
et l’insulinémie à jeun
afin d’estimer la sensibilité des cellules à l’insuline.
On considère généralement que :
HOMA-IR inférieur à 1
sensibilité normale à l’insuline
HOMA-IR entre 1 et 2,9
risque modéré de résistance à l’insuline
HOMA-IR supérieur à 3
résistance à l’insuline significative
D’autres examens peuvent aussi être utilisés
Plusieurs autres tests permettent d’explorer la sensibilité à l’insuline.
L’insulinémie à jeun
Un taux d’insuline élevé malgré une glycémie normale peut déjà suggérer une résistance à l’insuline.
Le QUICKI
Cet indice évalue également la sensibilité à l’insuline. Contrairement au HOMA, un QUICKI élevé indique une meilleure sensibilité.
Le test de tolérance au glucose (OGTT)
Ce test mesure la capacité de l’organisme à gérer une charge de glucose sur plusieurs heures.
Il permet d’identifier des anomalies du métabolisme glucidique parfois invisibles sur une simple glycémie à jeun.
L’hémoglobine glyquée (HbA1c)
Un autre marqueur très utilisé pour évaluer le métabolisme du glucose est l’hémoglobine glyquée, appelée aussi HbA1c.
Contrairement à la glycémie à jeun, qui reflète la glycémie à un instant précis, l’HbA1c permet d’estimer la glycémie moyenne sur les deux à trois derniers mois.
Elle correspond à la proportion d’hémoglobine (la protéine des globules rouges qui transporte l’oxygène) qui s’est liée au glucose dans le sang.
Plus la glycémie reste élevée au fil du temps, plus cette proportion augmente.
Les seuils généralement utilisés sont les suivants :
- Inférieur à 5,7 % : métabolisme glucidique considéré comme normal
- Entre 5,7 % et 6,4 % : situation de prédiabète
- À partir de 6,5 % : diabète (si confirmé)
Cependant, il est important de comprendre que l’HbA1c peut rester normale pendant longtemps malgré une résistance à l’insuline débutante.
En effet, tant que le pancréas parvient à compenser en produisant davantage d’insuline, la glycémie moyenne peut rester dans les normes.
C’est pourquoi, en présence de symptômes évocateurs comme :
- fatigue persistante
- fringales de sucre
- prise de poids abdominale
- hypoglycémies réactionnelles
il peut être utile d’explorer également l’insulinémie et les indices de sensibilité à l’insuline, comme le HOMA-IR.
Quand la glycémie commence à s’élever
Lorsque la résistance à l’insuline progresse, la glycémie peut finir par augmenter.
On distingue alors plusieurs situations :
entre 1,00 et 1,25 g/L
on parle de glycémie à jeun altérée ou de prédiabète
à partir de 1,26 g/L, confirmé à deux reprises
le diagnostic de diabète de type 2 peut être posé.
Mais il est important de comprendre que la résistance à l’insuline peut exister bien avant ces seuils.
Les causes de la résistance à l’insuline
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement de ce phénomène.
Parmi les plus fréquents :
l’excès de graisse abdominale
la sédentarité
une alimentation riche en sucres raffinés
le stress chronique
les troubles du sommeil
certains facteurs génétiques
Le stress joue notamment un rôle important.
En augmentant la production de cortisol, il favorise l’élévation de la glycémie et peut aggraver la résistance à l’insuline.
Un trouble métabolique aux conséquences multiples
Lorsqu’elle s’installe dans la durée, la résistance à l’insuline peut contribuer à l’apparition de plusieurs troubles :
hyperinsulinémie chronique
prédiabète
diabète de type 2
syndrome métabolique
stéatose hépatique (foie gras)
Elle est également associée à des perturbations de l’humeur, à une augmentation de l’anxiété et à des difficultés de régulation émotionnelle.
En conclusion
Lorsque fatigue persistante et envies de sucre apparaissent, il est parfois utile d’aller au-delà d’une simple glycémie à jeun.
Car derrière une glycémie apparemment normale peut se cacher un déséquilibre plus discret mais bien réel : la résistance à l’insuline.
Identifier ce phénomène permet d’agir plus tôt et d’adapter la prise en charge afin de restaurer un métabolisme glucidique plus stable.
Dans un prochain article, nous verrons comment les perturbations du métabolisme du glucose peuvent également influencer l’équilibre psychologique et émotionnel.
À très vite pour la suite.
Véronique
