Antidépresseurs et rétention urinaire : comprendre cet effet secondaire

Certains effets secondaires des médicaments psychotropes peuvent surprendre, car ils concernent des fonctions auxquelles on ne pense pas spontanément.

C’est la question que m’a récemment posée Edouardo.

Depuis quelque temps, il souffre d’un problème de rétention urinaire. Son urologue a réalisé les examens nécessaires et le bilan est rassurant : aucune cause organique n’a été retrouvée.

Edouardo se demande donc si son traitement antidépresseur pourrait être responsable de ce trouble.

La réponse est : oui, dans certains cas c’est possible.

Pour comprendre pourquoi, il faut s’intéresser au fonctionnement neurologique de la vessie.

Qu’est-ce que la rétention urinaire ?

La rétention urinaire correspond à l’incapacité partielle ou complète de vider correctement la vessie.

Elle peut se manifester par différents symptômes :

sensation de vessie pleine
difficulté à démarrer la miction
flux urinaire faible ou interrompu
impression de ne pas vider complètement la vessie
besoin fréquent d’uriner, notamment la nuit.

Lorsque la vessie ne se vide pas correctement, l’urine peut stagner, ce qui favorise les infections urinaires.

La miction : un équilibre entre plusieurs systèmes nerveux

Le fonctionnement de la vessie repose sur une coordination très fine entre :

le muscle de la vessie (détrusor)
le sphincter urétral
et plusieurs circuits nerveux.

Deux branches du système nerveux autonome interviennent :

le système parasympathique, qui stimule la contraction de la vessie et permet l’évacuation de l’urine
le système sympathique, qui favorise au contraire le stockage de l’urine.

Lorsque ces deux systèmes fonctionnent harmonieusement, la vessie peut se remplir puis se vider normalement.

Le rôle de la noradrénaline dans la fermeture du sphincter

Un mécanisme souvent peu expliqué concerne le rôle de la noradrénaline.

Ce neurotransmetteur agit dans le système nerveux sympathique et participe à la fermeture du sphincter urinaire.

La noradrénaline stimule en effet des récepteurs alpha-adrénergiques situés dans le sphincter urétral, ce qui entraîne sa contraction.

Ce mécanisme est utile pour maintenir la continence et permettre le stockage de l’urine dans la vessie.

Cependant, si cette stimulation devient excessive, le sphincter peut rester trop contracté, rendant la vidange de la vessie plus difficile.

Il peut alors apparaître une rétention urinaire.

Les antidépresseurs tricycliques

Certains antidépresseurs peuvent perturber cet équilibre.

C’est notamment le cas des antidépresseurs tricycliques, comme :

amitriptyline
imipramine
clomipramine.

Ces médicaments possèdent un effet anticholinergique.

Autrement dit, ils bloquent certains récepteurs impliqués dans la contraction du muscle de la vessie.

Le détrusor se contracte alors moins efficacement, ce qui peut rendre la vidange vésicale plus difficile.

Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN)

Les IRSN, comme :

venlafaxine
duloxétine,

augmentent la disponibilité de la sérotonine et de la noradrénaline dans le système nerveux.

L’augmentation de la noradrénaline peut renforcer la stimulation des récepteurs alpha du sphincter urinaire.

Le sphincter peut alors rester plus contracté, ce qui complique l’évacuation de l’urine.

Le rôle de la sérotonine dans les fonctions viscérales

Les antidépresseurs agissent aussi sur la sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans de nombreuses fonctions de l’organisme.

On l’associe souvent à la régulation de l’humeur, mais elle intervient également dans :

le fonctionnement digestif
la régulation du système nerveux autonome
le contrôle de certaines fonctions viscérales.

C’est notamment pour cette raison que les antidépresseurs peuvent provoquer des effets secondaires digestifs comme la constipation.

L’axe intestin–cerveau et le rôle du nerf vague

Un autre acteur important dans cette régulation est le nerf vague.

Ce nerf constitue l’un des principaux axes de communication entre le cerveau et les organes internes, notamment :

l’intestin
la vessie
et plusieurs structures viscérales.

Les médicaments psychotropes modifient l’activité de certains neurotransmetteurs impliqués dans cette régulation neurovégétative.

Chez certaines personnes, ces modifications peuvent perturber l’équilibre entre les systèmes nerveux sympathique et parasympathique.

Cela peut expliquer pourquoi certains patients sous antidépresseurs présentent à la fois des troubles digestifs (comme la constipation) et des troubles urinaires.

Les anxiolytiques peuvent-ils aussi être impliqués?

Certains anxiolytiques peuvent également influencer le fonctionnement de la vessie.

Les benzodiazépines, comme :

diazépam
lorazépam,

ont un effet relaxant sur le système nerveux central et sur les muscles.

Chez certaines personnes, cette relaxation peut perturber la coordination entre contraction de la vessie et ouverture du sphincter.

À retenir

La miction dépend d’un équilibre complexe entre plusieurs systèmes nerveux.

Certains antidépresseurs peuvent perturber cet équilibre en agissant sur :

les récepteurs cholinergiques, impliqués dans la contraction de la vessie
la noradrénaline, qui influence la fermeture du sphincter urinaire
et l’équilibre du système nerveux autonome.

Ces modifications peuvent parfois entraîner une rétention urinaire, c’est-à-dire une difficulté à vider correctement la vessie.

Si ce symptôme apparaît sous traitement psychotrope, il est important d’en parler au médecin prescripteur, afin d’évaluer la situation et d’adapter éventuellement la prise en charge.

Voilà donc les éléments qui permettent de mieux comprendre la situation d’Edouardo.

À très bientôt pour un nouvel article.

Véronique

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