Syndrome de l’intestin irritable : comprendre ce trouble digestif complexe (Partie 1/4)

Le syndrome de l’intestin irritable (SII), également appelé colopathie fonctionnelle, est l’un des troubles digestifs les plus fréquents dans les pays occidentaux.

On estime aujourd’hui qu’il concerne 15 à 20 % de la population, avec une prédominance féminine. Dans les consultations de gastro-entérologie, il représente près d’un tiers des consultations.

Pourtant, malgré sa fréquence, ce syndrome reste souvent mal compris.

Les examens médicaux sont généralement normaux. Aucune lésion visible n’apparaît dans l’intestin. Et pourtant, les symptômes peuvent être particulièrement invalidants.

Certaines personnes vivent avec des douleurs abdominales quotidiennes, des ballonnements importants, des troubles du transit ou une fatigue persistante.

C’est ce qui est arrivé à Claire, 38 ans, venue consulter après plusieurs années de troubles digestifs inexpliqués. Elle décrit une sensation de ventre gonflé après les repas, des douleurs intestinales imprévisibles et une inquiétude constante à l’idée de ne pas trouver de toilettes à proximité.

Comme beaucoup de personnes souffrant de syndrome de l’intestin irritable, elle a déjà essayé de nombreux traitements : antispasmodiques, probiotiques, régimes alimentaires… sans amélioration durable.

Pour comprendre ce syndrome, il faut d’abord comprendre un point essentiel : le syndrome de l’intestin irritable n’est pas une maladie inflammatoire de l’intestin.

Il s’agit d’un trouble fonctionnel, c’est-à-dire d’un dérèglement du fonctionnement digestif.

Un trouble fonctionnel, mais bien réel

Contrairement aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, le syndrome de l’intestin irritable n’entraîne pas de destruction visible de la muqueuse intestinale.

Les examens endoscopiques sont généralement normaux.

Cela ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires ou psychologiques.

Les recherches des vingt dernières années ont montré que le SII repose sur plusieurs mécanismes physiologiques bien identifiés, qui interagissent entre eux.

Les principaux mécanismes du syndrome de l’intestin irritable

L’hypersensibilité viscérale

Chez les personnes souffrant de SII, l’intestin devient particulièrement sensible aux stimulations.

Des phénomènes digestifs normalement indolores, comme la présence de gaz ou la distension intestinale, peuvent être perçus comme douloureux.

Cette hypersensibilité explique pourquoi certains patients ressentent des douleurs importantes alors que les examens médicaux ne montrent aucune anomalie visible.

Les terminaisons nerveuses de la paroi intestinale deviennent en quelque sorte plus réactives aux signaux mécaniques et chimiques.

Une perturbation du microbiote intestinal

Le microbiote intestinal joue un rôle essentiel dans l’équilibre digestif.

Il participe notamment à :

  • la digestion de certains aliments
  • la production de métabolites utiles
  • la régulation du système immunitaire
  • la protection contre les micro-organismes pathogènes.

Chez de nombreuses personnes souffrant de SII, on observe une modification de la composition du microbiote, appelée dysbiose.

Cette dysbiose peut favoriser :

  • une fermentation excessive des aliments
  • une production accrue de gaz
  • une inflammation digestive de bas grade
  • une altération de la barrière intestinale.

Ces phénomènes contribuent à entretenir les symptômes digestifs.

Une motricité intestinale perturbée

Le syndrome de l’intestin irritable s’accompagne également d’une désynchronisation des mouvements intestinaux.

Les contractions de l’intestin peuvent être :

  • trop rapides
  • trop lentes
  • ou irrégulières.

Cette perturbation explique les différents profils du syndrome.

Les différentes formes du syndrome de l’intestin irritable

Le SII peut se présenter sous plusieurs formes cliniques.

SII à prédominance diarrhéique

Le transit intestinal est accéléré, avec des selles fréquentes et parfois urgentes.

SII à prédominance constipée

Le transit est ralenti, ce qui entraîne une difficulté à évacuer les selles.

SII mixte

Certaines personnes alternent entre diarrhée et constipation.

Dans tous les cas, la constante reste la douleur abdominale associée à des troubles du transit.

Ces douleurs sont souvent décrites comme :

  • des spasmes
  • des torsions intestinales
  • parfois des brûlures.

Elles surviennent fréquemment après les repas et sont souvent soulagées par l’émission de gaz ou par la défécation.

Le rôle central de l’axe intestin-cerveau

Le système digestif est étroitement relié au système nerveux central.

Cette communication permanente entre l’intestin et le cerveau est appelée axe intestin-cerveau.

Le stress, l’anxiété ou certaines émotions peuvent modifier :

  • la motricité digestive
  • la sensibilité intestinale
  • la composition du microbiote.

Chez les personnes souffrant de syndrome de l’intestin irritable, cet axe intestin-cerveau est souvent particulièrement réactif.

Cela explique pourquoi les périodes de stress peuvent aggraver les symptômes digestifs.

À l’inverse, l’inconfort digestif chronique peut lui-même générer de l’anxiété, créant un véritable cercle vicieux.

Le rôle de l’alimentation dans les symptômes

De nombreuses personnes atteintes de SII remarquent que certains aliments aggravent leurs symptômes.

Il ne s’agit pas d’allergies alimentaires au sens strict.

Dans la plupart des cas, il s’agit plutôt d’intolérances digestives liées à certains sucres fermentescibles.

Ces sucres sont regroupés sous le terme FODMAP.

Les FODMAP sont des glucides qui peuvent être mal absorbés dans l’intestin grêle.

Ils arrivent alors dans le côlon où ils sont fermentés par les bactéries du microbiote.

Cette fermentation produit :

  • des gaz
  • une distension intestinale
  • une augmentation de la pression dans l’intestin.

Chez une personne présentant une hypersensibilité viscérale, cette distension peut déclencher douleurs, ballonnements et troubles du transit.

Nous reviendrons en détail sur ces mécanismes dans le prochain article de cette série.

Comment diagnostique-t-on le syndrome de l’intestin irritable ?

Le diagnostic du SII repose principalement sur les critères de Rome IV, qui sont utilisés aujourd’hui par les gastro-entérologues.

Ces critères définissent le syndrome de l’intestin irritable par la présence de douleurs abdominales récurrentes au moins un jour par semaine depuis trois mois, associées à au moins deux des éléments suivants :

  • un lien avec la défécation
  • une modification de la fréquence des selles
  • une modification de la consistance des selles.

Avant de poser ce diagnostic, le médecin doit bien sûr s’assurer qu’il n’existe pas de maladie digestive organique.

Des examens complémentaires peuvent donc être réalisés afin d’exclure notamment :

  • la maladie cœliaque
  • les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin
  • certaines infections digestives
  • ou d’autres troubles digestifs.

Un trouble digestif fréquent mais encore sous-estimé

Le syndrome de l’intestin irritable peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie.

Certaines personnes vivent avec la crainte permanente de déclencher des douleurs digestives après un repas, ou de devoir trouver rapidement des toilettes.

Cette incertitude peut conduire à limiter les sorties, les repas au restaurant ou certaines activités sociales.

Pourtant, une meilleure compréhension des mécanismes du syndrome permet aujourd’hui d’améliorer significativement la prise en charge.

L’alimentation joue notamment un rôle majeur dans la gestion des symptômes.

C’est ce que nous verrons dans le prochain article de cette série (2/4), consacré aux aliments qui déclenchent les symptômes du syndrome de l’intestin irritable.

Voilà pour mes infos du jour,

Et pour aller plus loin dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable

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Sur ce je vous dis à très vite!

Véronique Duivon -Naturopathe🌿​

2 commentaires

  1. Fabing 27 février 2022
    • Véronique 27 février 2022

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