Certaines personnes constatent un changement de leur transit intestinal après la mise en place d’un traitement psychotrope.
C’est précisément la question que m’a récemment posée Barbara :
« Pourquoi ma sœur souffre-t-elle de constipation depuis qu’elle prend un antidépresseur ? »
Pour comprendre ce phénomène, il faut s’intéresser à un acteur central du fonctionnement digestif : la sérotonine.
La sérotonine : une hormone aussi digestive
On associe souvent la sérotonine au cerveau et à la régulation de l’humeur. Pourtant, une grande partie de cette molécule est produite ailleurs dans l’organisme.
En réalité, environ 90 % de la sérotonine du corps est produite dans le tractus gastro-intestinal.
Dans l’intestin, cette molécule joue un rôle essentiel dans plusieurs fonctions digestives :
la régulation de la motilité intestinale
la coordination du péristaltisme (les contractions musculaires qui font progresser les aliments dans l’intestin)
la régulation de certaines sécrétions digestives.
Ces sécrétions comprennent notamment différents liquides produits par le tube digestif, qui facilitent la digestion, la lubrification et l’absorption des nutriments.
Compte tenu de ces fonctions, il n’est pas surprenant que les récepteurs de la sérotonine (récepteurs 5-HT) soient très nombreux dans le système digestif.
Les antidépresseurs ISRS : comment agissent-ils ?
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont une famille de médicaments largement utilisée dans le traitement :
de la dépression
des troubles anxieux
et de certains troubles de l’humeur.
Leur objectif est d’augmenter la quantité de sérotonine disponible dans le cerveau.
Pour cela, ces médicaments bloquent un mécanisme appelé recapture de la sérotonine au niveau des synapses — les zones de communication entre les neurones.
En inhibant cette recapture, les ISRS permettent à la sérotonine de rester plus longtemps active dans les circuits neuronaux.
Pourquoi ces médicaments agissent aussi sur l’intestin
Même si les ISRS sont prescrits pour agir sur le cerveau, leur action ne se limite pas au système nerveux central.
En effet, les récepteurs de la sérotonine étant très nombreux dans le tube digestif, toute modification de la disponibilité de cette molécule peut également influencer le fonctionnement intestinal.
L’augmentation de la sérotonine peut alors modifier la coordination des contractions intestinales.
Ce phénomène peut perturber le péristaltisme et entraîner des troubles du transit.
Des effets variables sur le transit intestinal
Chez certaines personnes, l’action des ISRS sur les récepteurs digestifs peut provoquer :
des nausées
des douleurs abdominales
des ballonnements
ou des modifications du transit.
Ces modifications peuvent se manifester de différentes manières :
par une accélération du transit (diarrhée)
ou au contraire par un ralentissement du transit.
Dans ce second cas, le mouvement des muscles intestinaux devient moins efficace, ce qui ralentit la progression du contenu intestinal.
Le résultat peut être une constipation, avec un passage plus lent des selles dans le côlon.
Un phénomène relativement fréquent
Les troubles digestifs font partie des effets secondaires les plus fréquemment observés lors de la mise en place d’un traitement par ISRS.
Ils apparaissent souvent au début du traitement, le temps que l’organisme s’adapte aux modifications du système sérotoninergique.
Dans la majorité des cas, ces symptômes ont tendance à s’atténuer progressivement avec le temps.
À retenir
La sérotonine ne joue pas seulement un rôle dans l’humeur : elle participe également au fonctionnement du système digestif.
Les médicaments psychotropes agissant sur la recapture de la sérotonine peuvent donc influencer la motilité intestinale.
Chez certaines personnes, cette modification peut entraîner un ralentissement du transit et l’apparition d’une constipation.
Voilà donc les éléments qui permettent de mieux comprendre la situation de la sœur de Barbara.
À très bientôt pour un nouvel article.
Véronique
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