Gluten et syndrome de l’intestin irritable : faut-il vraiment le supprimer ?

« Faut-il supprimer le gluten lorsqu’on souffre d’un syndrome de l’intestin irritable ? »

C’est la question que m’a posée Selma, une jeune ostéopathe régulièrement confrontée à des patients souffrant de troubles digestifs fonctionnels. Elle m’expliquait conseiller systématiquement à ses patients atteints de SII d’exclure le gluten de leur alimentation, et souhaitait savoir ce que j’en pensais.

La question est intéressante, car elle reflète une idée largement répandue aujourd’hui : le gluten serait responsable de nombreux troubles digestifs.

La réalité est un peu plus nuancée.

Les deux situations où le gluten pose réellement problème

Le gluten peut provoquer des symptômes digestifs dans deux situations bien précises.

La maladie cœliaque

La maladie cœliaque est une maladie auto-immune.

Chez les personnes concernées, la consommation de gluten déclenche une réaction immunitaire qui endommage la muqueuse de l’intestin grêle. Les villosités intestinales se détruisent progressivement, ce qui entraîne une malabsorption des nutriments.

Dans ce cas, l’exclusion du gluten doit être totale et définitive.

La sensibilité au gluten non cœliaque

Certaines personnes présentent ce que l’on appelle une sensibilité au gluten non cœliaque.

Il ne s’agit pas d’une maladie auto-immune, mais d’une hypersensibilité digestive ou systémique au gluten.

Les symptômes peuvent être :

ballonnements
douleurs digestives
fatigue
maux de tête
troubles de la concentration.

Dans cette situation, une réduction du gluten peut parfois suffire à améliorer les symptômes.

Le syndrome de l’intestin irritable : un autre mécanisme

Dans le syndrome de l’intestin irritable (SII), le problème n’est généralement pas le gluten lui-même.

Les recherches actuelles montrent que les symptômes sont plus souvent liés à une sensibilité à certains glucides fermentescibles, appelés FODMAP.

Les FODMAP regroupent plusieurs types de sucres :

fructanes
galactanes
lactose
fructose en excès
polyols comme le sorbitol ou le mannitol.

Ces glucides peuvent être mal absorbés dans l’intestin grêle. Ils arrivent alors dans le côlon où ils sont fermentés par le microbiote intestinal, ce qui peut provoquer :

ballonnements
gaz
douleurs abdominales
troubles du transit.

Le rôle du blé et des fructanes

Le blé contient un type particulier de FODMAP : les fructanes.

Lorsque certaines personnes arrêtent le gluten, elles arrêtent en réalité surtout de consommer du blé, ce qui réduit automatiquement leur apport en fructanes.

Or ce sont précisément ces fructanes qui peuvent déclencher des symptômes digestifs chez certaines personnes souffrant de SII.

Il est donc possible que l’amélioration observée lors d’un régime sans gluten soit en réalité liée à la réduction des fructanes, et non au gluten lui-même.

Pourquoi certaines personnes se sentent mieux sans gluten

Lorsqu’une personne supprime le gluten de son alimentation, elle modifie généralement plusieurs éléments de son régime alimentaire.

Elle remplace souvent les céréales à base de blé par d’autres sources d’amidon comme :

le riz
le quinoa
le sarrasin
le millet.

Ces aliments contiennent peu ou pas de FODMAP, ce qui peut contribuer à améliorer les symptômes digestifs.

Une stratégie progressive en cas de SII

Dans la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable, il peut être pertinent de procéder par étapes.

Une première phase consiste souvent à simplifier l’alimentation pour réduire la charge digestive. Dans cette phase, certaines personnes choisissent de diminuer temporairement le gluten afin d’observer l’évolution des symptômes.

Si les troubles persistent, une approche plus ciblée sur les FODMAP peut être mise en place.

Cette stratégie permet d’identifier plus précisément les aliments responsables des symptômes.

À retenir

Le gluten n’est pas systématiquement responsable des symptômes du syndrome de l’intestin irritable.

Dans la majorité des cas, les troubles digestifs sont plutôt liés à certains glucides fermentescibles, notamment les fructanes présents dans le blé.

Toutefois, chaque personne possède une sensibilité digestive particulière. Une approche individualisée reste donc la plus pertinente pour identifier les aliments réellement problématiques.

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