Statut hormonal féminin : comprendre le métabolisme des œstrogènes

Dans un précédent article, nous avons revisité les bases du cycle ovarien et le rôle des principales hormones féminines.

Mais dans la pratique clinique, les troubles hormonaux ne sont pas uniquement liés à la production hormonale.
Très souvent, le problème se situe ailleurs.

Une femme peut produire une quantité parfaitement normale d’œstrogènes…
et pourtant présenter tous les signes d’un excès hormonal.

Pourquoi ?

Parce que le statut hormonal ne dépend pas uniquement de la production ovarienne, mais aussi :

  • de la transformation des hormones dans les tissus
  • de leur transport dans le sang
  • de leur métabolisme hépatique
  • de leur élimination intestinale

Autrement dit, le statut hormonal féminin dépend d’un système métabolique complexe, impliquant notamment le foie, le microbiote intestinal et certains systèmes enzymatiques.

L’aromatase : la fabrique périphérique d’œstrogènes

Les œstrogènes ne sont pas produits uniquement par les ovaires.

Une enzyme appelée aromatase permet la transformation des androgènes en œstrogènes :

  • testostérone → estradiol
  • androstènedione → estrone

Cette enzyme est particulièrement active dans :

  • le tissu adipeux
  • le tissu mammaire
  • les ovaires
  • le cerveau

Chez certaines femmes, une activité excessive de l’aromatase peut conduire à une production périphérique accrue d’œstrogènes, indépendamment de l’activité ovarienne.

Plusieurs facteurs favorisent cette aromatisation :

  • l’excès de tissu adipeux
  • l’inflammation chronique
  • l’insulinorésistance
  • certaines perturbations du microbiote

Ce phénomène explique en partie pourquoi l’hyperœstrogénie relative est fréquente chez les femmes présentant un syndrome métabolique ou un SOPK.

La SHBG : un régulateur clé de la biodisponibilité hormonale

Les hormones sexuelles circulent majoritairement liées à une protéine appelée SHBG (Sex Hormone Binding Globulin), produite par le foie.

Cette protéine agit comme un tampon hormonal.

Plus la SHBG est élevée, moins les hormones sont disponibles pour agir sur les tissus.

À l’inverse, une SHBG basse augmente la fraction libre des hormones sexuelles.

Plusieurs facteurs diminuent la SHBG :

  • l’insulinorésistance
  • l’hyperinsulinémie
  • l’inflammation
  • l’hyperandrogénie

C’est l’une des raisons pour lesquelles les troubles métaboliques peuvent amplifier les symptômes hormonaux.

Le foie : centre névralgique du métabolisme des œstrogènes

Une fois utilisés par les tissus, les œstrogènes doivent être transformés afin d’être éliminés.

Cette transformation se déroule principalement dans le foie, en deux phases.

Phase I : hydroxylation des œstrogènes

Lors de cette première étape, les enzymes du cytochrome P450 transforment l’estradiol et l’estrone en plusieurs métabolites :

  • 2-hydroxyœstrogènes
  • 4-hydroxyœstrogènes
  • 16-hydroxyœstrogènes

Ces voies métaboliques n’ont pas toutes les mêmes implications biologiques.

Par exemple :

  • la voie 2-hydroxy est considérée comme plutôt protectrice
  • la voie 16-hydroxy est plus proliférative sur les tissus

L’équilibre entre ces voies dépend notamment :

  • du statut nutritionnel
  • du niveau d’inflammation
  • de certains polymorphismes enzymatiques

Phase II : méthylation et conjugaison

Les métabolites produits lors de la phase I doivent ensuite être neutralisés.

C’est le rôle de la phase II de détoxification, qui implique plusieurs processus :

  • méthylation
  • glucuronidation
  • sulfatation

La méthylation, assurée notamment par l’enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase), joue ici un rôle majeur.

Elle permet de transformer les catéchol-œstrogènes en métabolites moins réactifs, facilitant leur élimination.

Cette étape dépend fortement de certains nutriments :

  • vitamines B (B2, B6, B9, B12)
  • magnésium
  • SAMe
  • choline
  • bétaïne

Lorsque ces systèmes fonctionnent mal, certains métabolites œstrogéniques peuvent s’accumuler.

Le microbiote intestinal et l’estrobolome

Une fois conjugués par le foie, les œstrogènes sont excrétés dans la bile puis arrivent dans l’intestin.

C’est là qu’intervient le microbiote intestinal.

Certaines bactéries possèdent une enzyme appelée bêta-glucuronidase, capable de déconjuguer les œstrogènes.

Cela permet leur réabsorption dans la circulation sanguine.

L’ensemble des bactéries impliquées dans ce processus constitue ce que l’on appelle l’estrobolome.

En cas de dysbiose intestinale, l’activité bêta-glucuronidase peut augmenter, favorisant la réabsorption des œstrogènes et contribuant à une hyperœstrogénie relative.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les troubles digestifs sont fréquemment associés à des troubles hormonaux féminins.

Inflammation, insuline et déséquilibres hormonaux

Plusieurs facteurs métaboliques peuvent perturber l’équilibre hormonal féminin :

l’inflammation chronique

Elle stimule l’activité de l’aromatase et modifie le métabolisme des œstrogènes.

l’insulinorésistance

Elle diminue la SHBG et augmente la biodisponibilité des hormones sexuelles.

le stress chronique

Il modifie l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et peut perturber indirectement l’équilibre des hormones sexuelles.

Ce que cela change dans la pratique naturopathique

Comprendre ces mécanismes permet d’éviter une erreur fréquente :
penser les troubles hormonaux uniquement sous l’angle ovarien.

Dans de nombreux cas, l’accompagnement passe plutôt par :

  • l’optimisation du métabolisme hépatique
  • l’amélioration du microbiote intestinal
  • la réduction de l’inflammation
  • la régulation du métabolisme glucidique

Autrement dit, l’équilibre hormonal féminin est souvent le reflet de l’état global du terrain métabolique.

En résumé

Le statut hormonal féminin dépend de plusieurs niveaux de régulation :

  1. la production ovarienne
  2. la conversion périphérique des hormones (aromatase)
  3. leur transport sanguin (SHBG)
  4. leur métabolisme hépatique (phases I et II)
  5. leur élimination intestinale (estrobolome)

Comprendre ces interactions permet d’affiner les stratégies d’accompagnement naturopathique dans des situations telles que :

  • syndrome prémenstruel
  • endométriose
  • fibromes
  • syndrome des ovaires polykystiques
  • préménopause

Nous verrons dans les prochains articles comment ces connaissances se traduisent concrètement en stratégies phyto- et micronutritionnelles.

Voilà pour mes infos du jour :-)

Véronique

 

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43 commentaires

  1. Mlle2020 1 avril 2020
    • Véronique Duivon 2 avril 2020
      • Mlle2020 3 avril 2020
        • Véronique Duivon 4 avril 2020
        • Monteiro 16 mai 2020
  2. cindy 25 novembre 2019
    • Véronique Duivon 26 novembre 2019
  3. Niveau 11 novembre 2019
  4. JULIE CABANTOUS 9 novembre 2019
  5. Mira 10 mai 2019
    • Véronique Duivon 11 mai 2019
  6. Bodeau 18 mars 2019
    • Véronique Duivon 18 mars 2019
  7. Valerie 16 mars 2019
  8. Sara 1 février 2019
    • Véronique Duivon 12 février 2019
  9. Londo 27 janvier 2019
    • Véronique Duivon 30 janvier 2019
  10. Sara 24 septembre 2018
    • Véronique Duivon 25 septembre 2018
      • nicole 7 janvier 2019
        • Véronique Duivon 7 janvier 2019
  11. Carlie 13 septembre 2018
    • Véronique Duivon 16 septembre 2018
  12. Aurelia 1 septembre 2018
    • Véronique Duivon 2 septembre 2018
  13. Nazra ALI HASSANE 23 mai 2018
  14. patricia canfora 21 avril 2018
    • Véronique Duivon 25 avril 2018
  15. pheios 29 novembre 2017
    • Véronique Duivon 30 novembre 2017
  16. Choukroun 5 novembre 2017
    • Véronique Duivon 7 novembre 2017
  17. Myriam 4 octobre 2017
    • Véronique Duivon 7 octobre 2017
  18. Patricia 14 mai 2017
    • Véronique Duivon 17 mai 2017

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